Théâtrez-moi
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Mawda, ça veut dire tendresse

Marie-Aurore D’Awans & Pauline Beugnies inscrivent le théâtre documenté dans une totalité plus vaste que la simple reconstitution des faits. Elles réhumanisent le fait divers.  Sous d’autres horizons, elles nous réhumanisent.

Le 17 mai 2018, Mawda Shawri, deux ans, est dans une camionnette qui la ramène en Angleterre avec ses parents, son frère et une vingtaine d’autres personnes. La police poursuit la camionnette. Sur la E42, près de Mons, une nouvelle voiture de police s’engage. Un policier tire. La balle atteint Mawda en pleine tête. Elle meurt. Ses parents et son frère sont arrêtés et placés en détention.

Mawda, ça veut dire tendresse tient de l’obstination de la metteuse en scène et actrice Marie-Aurore D’Awans, de la cinéaste et journaliste Pauline Beugnies, et de la dramaturge Kristin Rogghe. Avec méthode, elles rassemblent les faits, interviewent, suivent le fil ténu des procès à Liège et à Mons. Elles regardent autour d’elles pour mettre en lumière ce qui défaille : l’inégalité de traitement entre les protagonistes, la « déshumanisation des migrants qui se poursuit jusqu’au tribunal ». Elles distillent du contrechamp, en rentrant en conversation avec les parents de Mawda ou en décortiquant les théories médiatiques – erronées et dénoncées – de « l’enfant bouclier ».

Ce que veulent dire Marie-Aurore D’Awans, Pauline Beugnies et Kristin Rogghe, c’est, selon elles, ce que les autres n’ont pas (ou peu) dit. Raconter l’histoire de Mawda, celle de ses parents Prhast et Shamden, qui ont dû fuir le Kurdistan irakien parce qu’i·els ne pouvaient pas s’y marier. Raconter l’histoire du grand frère que ce drame a marqué à jamais. Depuis la camionnette blanche, en élevant la parole au-dessus du fait divers, elles inscrivent le théâtre documenté dans une totalité plus vaste que la simple reconstitution des faits.

Production KVS

Coréalisation KVS, Théâtre National Wallonie-Bruxelles