• FacebookPreview

>

Théâtre Royal du Parc

Bruxelles


Réserver


Partager

Alice au Pays des Merveilles

Jasmina Douieb et Thierry Janssen


 

Les mythes ont ceci de particulier qu'ils fascinent et marquent les sens. Ils outrepassent toutes les frontières : culturelles, générationnelles et temporelles.
Ils échappent à toutes les réductions, simplifications ou tentatives d'en cerner les contours. Ils partent en fumée sitôt que vous tentez de les saisir. Et pourtant, les histoires qu'ils charrient demeurent fixées dans les esprits, comme des rêves ou des fantasmes. On n'est jamais sûrs de ce qu'ils signifient et pourtant on reste irrémédiablement hypnotisés. Les Aventures d'Alice c'est bien plus qu'un livre pour enfants, c'est un mille-feuilles qui touche au mythe.

Thierry Janssen et moi, camarades de scène de longue date, nous sommes associés pour écrire ensemble une adaptation, ou plutôt une vision théâtrale de ce texte mystérieux et hypnotique. Nous avons voulu interroger le regard de l'adulte sur ses lectures d'enfant et pénétrer dans cet univers par l'objet même du livre. Cette revisite sera une invitation au voyage et au rêve. Le plateau du Théâtre du Parc, cerclé de dorures, semble vouloir rappeler toujours au spectateur qu'on est au théâtre. Pour nous, la scène sera le lieu de toutes les explorations, de tous les possibles du Let's Pretend (on disait que) imaginé par la petite Alice. Dans ce royaume aux règles indéchiffrables et opaques, les portes ouvrent sur d'infinis jardins, les licornes existent et les lapins portent des montres à gousset ... Justement, le Temps. Celui après lequel le lapin ne fait que courir (à moins qu'il ne soit poursuivi par lui ?), celui qui peut se disputer avec les gens et les condamner à rester figés à l'heure du thé, celui qui engendre les métamorphoses du corps, celui qui passe ou ne passe pas, mais qui n'est jamais aujourd'hui, le Temps a été notre fil d'Ariane. Oui, « ici, on est capable de se rappeler les événements avant qu'ils arrivent ».

Ici, on va dans les deux sens à la fois, du futur au passé, de la veille au lendemain, de l'effet à la cause. Le non-sens est plus qu'un jeu chez Carroll : il détruit le bon sens « en tant que sens unique ».

La petite Alice est en état de devenir permanent. Ses transformations de taille et donc d'âge - puisque, par ce biais, elle grandit -, brouillent son identité qui devient infinie. Elle est, dans son corps, à la fois hier et demain ; elle est toutes les possibilités d'elle-même réunies dans un même espace temps. Dans cette esthétique du renversement, les contours d'Alice s'effacent. Voici donc une Alice aux contours brouillés, une Alice de 30 ans, sur les pas de son enfance et de son propre imaginaire, à la recherche du sens de sa vie, du sens qu'elle décidera de lui donner. Une créature imaginaire et imaginée, qui prend pourtant ses racines dans de la chair véritable : Alice Liddell, petite fille d'une dizaine d'années, inspiratrice de ce voyage avec son ami adulte, celui qui par le récit des Aventures d'Alice au pays des merveilles, deviendra Lewis Carroll. Muse courant après son créateur au hasard d'improbables rencontres, elle semble enfermée dans cette fiction créée pour elle. Trouvera-t-elle le moyen d'échapper à elle-même et à son refus de laisser le temps couler sur elle ? Une petite fille devenue grande déambule dans ce monde sans parvenir toutefois à jamais le pénétrer totalement. Restée incomplète et sans repères, elle fera dans le Wonderland un dernier voyage littéraire et initiatique, lui permettant sans doute de faire sauter ses verrous.

Jasmina DOUIEB.


Avec : Michel CARCAN, Lara HUBINONT, Thierry JANSSEN, Sophie LINSMAUX, Françoise ORIANE, Clément THIRION.
Mise en scène : Jasmina DOUIEB - Assistanat : Alexandre DROUET.
Scénographie, costumes, masques, marionnettes : Anne GUILLERAY et Geneviève PERIAT.
Lumières : Philippe CATALANO - Musique : Daphné D'HEUR
Durée : 2h20 (entracte compris)